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L’octocrylène

Octocrylène 4
Par Johanna

Composé organique synthétisé en laboratoire, l’octocrylène est un ingrédient fréquemment utilisé par l’industrie cosmétique comme filtre de protection solaire. Si son efficacité contre les rayonnements UV a été largement démontrée, la communauté scientifique se questionne quant à son impact sur la santé humaine et la biodiversité marine.


D’où vient l’octocrylène ?

L’octocrylène est issu de la chimie dite « organique », une science qui étudie les molécules composées à partir d’atomes de carbone. Les composés organiques peuvent être naturels ou synthétiques. L’octocrylène relève de la seconde catégorie : il fait partie de la classe des esters carboxylique, obtenus par réaction chimique en laboratoire. Il se présente sous forme d’un liquide visqueux et incolore. 

Comment l’octocrylène agit-il contre les rayons UV ?

Grâce à son squelette carboné, l’octocrylène a la capacité d’absorber les rayons UV situés entre 280 et 320nm, des longueurs d’ondes courtes qui correspondent aux UVB (responsables des coups de soleil) et à une partie des UVA (responsables du vieillissement prématuré de la peau). En application topique, l’octocrylène absorbe ces rayonnements, protégeant ainsi la peau de leur nocivité. Composé très stable, son efficacité ne diminue pas au cours de l’exposition solaire et son caractère hydrophobe permet au produit qui en contient de ne pas se diluer dans l’eau. En outre, il possède un effet stabilisateur pour un autre composé de protection anti-UV, l’avobenzone, qui absorbe le spectre complet des UVA. Enfin, l’octocrylène, grâce à ses propriétés émollientes, participe au renforcement de la barrière épidermique et aide à lutter contre la déshydratation cutanée. Pour toutes ces raisons, ce composé est un ingrédient de choix dans la composition des écrans solaires organiques.

Première vague – La sécurité de l’octrocrylène en question

Au début des années 2000, une première controverse secoue l’industrie de la cosmétique solaire : l’octocrylène fait l’objet d’études scientifiques qui alertent sur sa potentielle dangerosité pour la santé humaine et la vie aquatique. Retour sur les raisons de cette polémique.

L’octocrylène : un allergène ?

La première allégation à l’encontre du composé concerne son potentiel allergisant : il est suspecté d’induire des allergies cutanées en lien avec l’exposition au soleil ou par simple contact. Si des cas d’allergies sont rapportés suite à l’utilisation de produits contenant la molécule, il semblerait que ce soit en fait la réaction de l’octocrylène avec un autre composé (le kétoprofène, un anti-inflammatoire) qui provoque une irritation cutanée transitoire. En clair, selon certains experts, l’octocrylène ne serait photosensibilisant qu’après application au même endroit d’un produit contenant du kétoprofène. Des cas d’allergies ayant cependant été recensés suite à l’utilisation d’octocrylène seul, le Comité Scientifique pour la Sécurité des Consommateurs (CSSC) classe la photoallergie et l’allergie de contact comme des « effets secondaire rares » du composé.

L’octocrylène : un perturbateur endocrinien ?

Par ailleurs, la molécule a été soupçonnée d’être un perturbateur endocrinien, c’est-à-dire d’interférer avec le système hormonal pour en déséquilibrer le fonctionnement. Les substances classées comme perturbateurs endocriniens sont notamment accusées de bouleverser le système reproductif et d’être à l’origine de phénomènes alarmants (stérilité, puberté précoce ou encore accouchements prématurés). Si les suspicions subsistent, l’octocrylène n’est, à ce jour, pas classé parmi les perturbateurs endocriniens par l’Organisation Mondiale de la Santé.

L’octocrylène : nocif pour la faune aquatique ?

L’octocrylène fait aussi débat chez les défenseurs de l’environnement. En effet, des études suggèrent que le composé pourrait avoir un impact négatif sur la biodiversité marine, notamment sur les récifs coralliens et dans une moindre mesure sur les crustacés et les micro-algues. Bien que la littérature ne permette pas de mettre en évidence de phénomène de bioaccumulation (capacité des organismes marins à absorber et à concentrer une substance externe), de l’octocrylène est retrouvé au sein des coraux et pourrait être à l’origine d’une dégradation de la faune marine. L’Institut national de l’environnement industriel et des risques (INERIS) mentionne que l’usage du composé étant relativement récent (une trentaine d’années environ), peu de données sont disponibles quant à sa concentration dans les eaux profondes ou peu profondes. L’INERIS rapporte que la substance, peu biodégradable, pourrait néanmoins s’accumuler dans l’environnement. L’octocrylène n’est à ce jour pas identifié comme une « priorité d’action » par les autorités environnementales.

Seconde vague – L’octocrylène : un effet cancérigène ?


Début mars 2021, une étude franco-américaine impliquant le CNRS est publiée dans la revue spécialisée Chemical Research In Toxicology et accable une nouvelle fois le composé. Et cette fois-ci, les accusations portent sur un autre volet : en se dégradant en benzophénone, l’octocrylène pourrait devenir une substance cancérogène. Décryptage des résultats de l’étude.

L’octocrylène se dégrade en benzophénone

Comme pour la plupart des composés obtenus en laboratoire, la synthèse de l’octocrylène engendre des résidus contaminants, dont un bien connu de la communauté scientifique : la benzophénone, une substance organique reconnue nocive pour l’homme. Les industriels avaient jusqu’alors réussi à démontrer que sa concentration était négligeable (et donc non toxique) dans les produits manufacturés à base d’octocrylène. L’étude en question apporte toutefois un élément nouveau : en mimant – grâce à un protocole validé – le vieillissement de produits solaires sur une année, ils démontrent que la concentration en benzophénone augmente. C’est en fait l’octocrylène qui se dégrade par réaction chimique. Cette concentration augmente systématiquement avec le temps, jusqu’à atteindre des niveaux alarmants en benzophénone. Une information particulièrement inquiétante puisqu’on sait que l’octocrylène, comme la benzophénone, sont facilement et en grandes quantités absorbés par la peau.

La benzophénone : que lui reproche-t-on ?

La benzophénone est un composé connu de longue date de la communauté scientifique ; classé comme « peut-être cancérogène pour l’homme (Groupe 2B) » par le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC/Iarc) de l’OMS. Des études sur des mammifères ont montré que l’exposition à la benzophénone induisait des cancers du foie et des lymphomes. En outre, la substance incriminée a aussi un effet dit photomutagène : exposée à la lumière, elle provoque des mutations géniques et favorise l’apparition de cancers cutanés. Enfin, la benzophénone est un perturbateur endocrinien : elle bouleverse le système hormonal (notamment thyroïdien) et induit des malformations des organes sexuels.

La position de la FEBEA

 

A la suite de cette publication, la Fédération des Entreprises de la Beauté (FEBEA) a publié un communiqué dans lequel elle réaffirme que les « les produits de protection solaire sont soumis à une réglementation extrêmement stricte, dont l’application est étroitement contrôlée par les autorités sanitaires ». Ce communiqué mentionne que le CSSC a notamment réévalué l’octocrylène en janvier 2021 et a conclu à son innocuité aux doses autorisées.  La FEBEA admet que la benzophénone existe à l’état de trace dans les produits contenant de l’octocrylène, mais que cette concentration est maîtrisée pour ne représenter aucun danger pour la santé des consommateurs. Elle rappelle que, d’après l’IARC (Centre International de Recherche sur le Cancer), les effets cancérigènes de la benzophénone n’ont jamais été démontrés par voie topique (mais uniquement par voie orale).  Elle conclut finalement que les résultats de l’étude, co-dirigée par le CNRS et Sorbonne Universités, ne permettent pas de mettre en évidence un danger pour la sécurité et la santé des utilisateurs.

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Les chercheurs de l’étude, quant à eux, plaident faveur d’une réévaluation de l’utilisation de l’octocrylène dans les produits de soins personnels, en prônant le principe de précaution.

Les résultats de ces études ne doivent en aucun cas dispenser les consommateurs de se protéger contre les rayons du soleil, les cancers cutanés dus à l’exposition aux rayons UV étant en progression constante en France et dans le monde. Il est toutefois possible d’affirmer que cette étude met l’emphase sur la nécessité de respecter scrupuleusement les modalités de conservation préconisées par les produits de protection solaire, et de ne pas utiliser un écran dont la date serait arrivée à péremption.